La prophylaxie : un ensemble de pratiques pour lutter contre Drosophila suzukii
Parmi les leviers de gestion contre Drosophila suzukii (DS), l’infrastructure TerCo se penche particulièrement sur les pratiques de prophylaxie :
« La prophylaxie vise à prévenir le développement de maladies, de ravageurs et d’adventices, grâce à des leviers d’ordres physiques, chimiques, (micro)biologiques et/ou génétiques, qui peuvent être combinés entre eux ». (Dictionnaire d’agroécologie)
Elle « désigne l’ensemble des actions ayant pour but de prévenir l’apparition ou la propagation d’un ravageur dans un verger » (Ecophyto fruits)
La prophylaxie est considérée comme un pilier essentiel de la production durable. En anticipant les risques, la gestion curative est moins nécessaire – l’utilisation de produits phytosanitaires est donc moins importante. Les méthodes de prophylaxie sont nombreuses : sélection de variétés résistantes, entretien des bordures, désinfection des outils de travail,…
Pour lutter contre DS en réduisant les produits phytosanitaires, la prophylaxie est donc un levier primordial. Dans cette optique, TerCo a pour objectif de :
- Rassembler et partager les pratiques de prophylaxie existantes afin de créer une culture commune sur cette question ;
- Les coordonner à l’échelle d’un territoire, d’un groupe d’exploitation ou d’un verger ;
- Réfléchir aux pratiques à mettre en place et aux pistes de gestion à creuser
La prophylaxie contre Drosophila suzukii :
Pour adopter des pratiques de prophylaxie dans le cadre de la gestion de Drosophila suzukii, les paramètres de développement de la mouche sont à prendre en compte :
- DS est polyphage : un tiers des plantes françaises permet son développement
- Son cycle est extrêmement rapide
- Elle se développe également en-dehors des périodes de sensibilité de la cerise, fraise ou framboise
Ces spécificités impliquent de la complexité dans la mise en place des pratiques :
- Les actions ont des effets indirects et sur le long terme : comment savoir quelle pratique en particulier a impacté la population, et à quel niveau ?
- Le contexte géographique et pédoclimatique de la parcelle a un grand impact sur la population : comment généraliser les leviers ?
En intégrant les spécificités de la prophylaxie et les paramètres de développement de DS, il est alors nécessaire de combiner les leviers – à la fois combiner les différentes pratiques de prophylaxie pour espérer cibler différents paramètres, et aussi combiner la prophylaxie avec les autres pratiques de l’itinéraire de gestion de DS (et des autres ravageurs). De cela découle une gestion complexe et précise de la mouche dans la production de cerise.
DS se développant aussi bien sur les cerisiers que sur une multitude de plantes présentes dans la nature (mûrier, merisier, gui,…), la prophylaxie en verger se réfléchit sur deux plans : celui de la parcelle, mais aussi celui de la périphérie – contrairement aux cultures sous abris qui sont isolées du contexte géographique. De plus, les riverains non professionnels possédant un ou plusieurs cerisiers dans leur jardin apportent une pression supplémentaire.

On comprend donc l’importance de la coordination entre producteur·ices du même territoire et avec les riverains pour une meilleure gestion du ravageur : c’est ce que le TerCo essaye de développer.
D’après le travail de Bourgez et al (en cours, à retrouver ici) mené dans le cadre du projet, les arboriculteur·ices mettent en place une certaine diversité de pratiques :

Exemples de leviers concernant la prophylaxie intraparcellaire (arrêter la prolifération de DS à l’intérieur de la parcelle) :
| Type de gestion | Levier en verger de cerisiers | Levier en culture de fraises ou framboises |
|---|---|---|
| Gestion favorable dans le verger | – Maintenir l’enherbement ras à partir de la véraison – Irrigation goutte-à-goutte – Éclaircissement de l’intérieur de l’arbre |
– Nettoyer les vieilles feuilles des fraisiers – Limiter le nombre de cannes par mètre linéaire sur les framboisiers – Entretenir le sol |
| Gestion de l’inoculum dans le verger | – Récolter en sous-maturité – Récolter en brute de cueille |
– Récolter régulièrement – Évacuer les déchets du verger |
| Gestion de l’implantation du verger | – Arracher les parcelles sensibles – Verger en axe – Choix de la parcelle selon sa sensibilité à DS |
– Limiter les variétés tardives – Optimiser l’orientation des serres |
Exemples de leviers concernant la prophylaxie périphérique (gérer la contamination dues aux zones sauvages et aux haies) :
| Type de gestion | Cerises, fraises et framboises |
|---|---|
| Gestion de l’aération extra-parcellaire | – Réduire la hauteur de haie avec un entretien mécanique en hiver – Choix de la localisation de la parcelle – Éviter les points d’eau stagnante |
| Gestion de l’inoculum extra-parcellaire | – Arrachage des plantes hôtes dans les bordures – Choix de la localisation de la haie – Arrachage des vergers voisins abandonnés – Piégeage massif dans les bordures (à tester) |
À travers un travail d’enquête ainsi que des ateliers menés avec les producteur·ices, technicien·nes et chercheur·ses, TerCo vise à compléter ces connaissances et à encourager la réflexion collective autour d’une collaboration dans la gestion prophylactique de DS.
Lors du Forum Drosophila suzukii de décembre 2025, les participants se sont penchés sur les différentes manières de gérer la mouche avec des méthodes prophylactiques. Retrouvez ci-dessous les présentations issues de leurs réflexions :
